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Fraude aux virements : « il faut réagir au plus tôt »

Fraude aux virements – Alors que 60 % des entreprises françaises ont été victimes d’au moins une tentative de fraude l’an passé, Guillaume Forbin et Marie Davy, avocats associés chez Altana, expliquent comment faire face à une fraude aux faux virements.

 

Quelles sont les dernières évolutions de la fraude aux faux virements ?

Guillaume Forbin et Marie Davy : 60 % des entreprises françaises ont été victimes d’au moins une tentative de fraude l’an passé. Les fraudeurs n’hésitent pas aujourd’hui à s’en prendre à des entreprises plus petites et ils se montrent de plus en plus imaginatifs. Après la fraude au président – où le fraudeur se faisait passer pour un dirigeant de l’entreprise –, on a vu apparaître des fraudes très techniques. Les fraudeurs s’introduisent aujourd’hui dans les systèmes informatiques de l’entreprise et se font passer, par téléphone, pour un technicien de la banque. Ils récupèrent ainsi les codes de l’entreprise et se connectent directement sur l’interface de virement de l’entreprise ou font réaliser les virements par les responsables financiers de l’entreprise, au motif de « tests techniques ». Du côté de la banque, ces fausses demandes de virement, électroniques, sont beaucoup plus difficiles à déceler que les ordres de virement réalisés par fax ou mail.

Comment y faire face ?

G.F. et M.D. : Un audit informatique peut permettre de vérifier la protection des installations de l’entreprise et d’identifier les failles éventuelles. Mais, même avec toutes les protections informatiques possibles, le risque zéro n’existe pas, d’autant que la faille est souvent humaine. Il est donc essentiel de sensibiliser le personnel au sujet de ces fraudes et rationaliser les procédures de virement, notamment en imposant la double signature, car il est plus difficile de tromper deux personnes plutôt qu’une.

Comment réagir si le virement a été effectué ?

G.F. et M.D. : C’est avant tout une question de temps. Pour pouvoir récupérer les sommes transférées, il faut réagir extrêmement vite et contacter sa banque au plus tôt. Les banques ont en effet une faculté de « recall » qui leur permet pendant quelques heures de rappeler les fonds auprès de leur banque correspondante, une fois le virement envoyé dans le système. C’est pour éviter cela que les fraudeurs choisissent souvent la fin de semaine – jeudi ou vendredi – pour mener leurs opérations : ils peuvent ainsi espérer disposer de trois à quatre jours devant eux pour transférer les fonds vers d’autres comptes bancaires. De fait, l’actuelle course au virement « instantané » soulève des questions en terme de sécurité.

Par ailleurs, l’entreprise doit saisir les autorités et porter plainte au plus tôt, au commissariat de police ou à la gendarmerie la plus proche. Des services spécialisés travaillent désormais sur ces sujets, en étroite collaboration avec leurs homologues à l’étranger. Dans certains pays, notamment en Asie du Sud Est, les forces de polices ont les moyens de bloquer les comptes bancaires concernés. Enfin, on peut aussi intervenir à l’étranger sur le plan judiciaire.

Que peut-on espérer récupérer ?

G.F. et M.D. : Il ne faut pas se leurrer : les escrocs agissent très vite et on ne dispose que de quelques dizaines d’heures avant que les sommes ne soient envoyées vers une myriade de comptes. En pratique, les virements sont souvent étalés dans la durée et seul le dernier virement pourra être rappelé. Ainsi, on peut récupérer de 50 % à 90 % des fonds si l’on intervient très rapidement, mais en moyenne, si des sommes peuvent être appréhendées, elles représentent plutôt 10 à 15 % des sommes transférées. De fait, les résultats varient beaucoup d’un pays à l’autre, et l’on pourra parfois mettre en cause la responsabilité bancaire. Il n’y a pas de solution miracle, mais l’expérience permet de connaître les meilleurs ressorts, combinant droit pénal et droit commercial, pour s’en sortir au mieux dans chaque pays et selon le type de fraude.

 

Source : Business Les Echos

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